Ambivalences ► Les projets lauréats

Publié le 10 juin 2026 / -

Le 28 avril 2026, un jury composé de représentant·es du ministère de la Culture et de professionnel·les du secteur des arts numériques, visuels, sonores et de la scène se sont réuni·es à la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) de Bretagne pour nommer les 4 lauréat·es de l’appel à projet Ambivalences. Ambivalences est un programme de coopération interrégionale (Bretagne, Normandie et Pays de la Loire) pour la création artistique en environnement numérique, à destination des artistes professionnel·les. Il a pour objectif de soutenir la création artistique et sa diffusion au sein d’un écosystème interrégional d’organisations, mutualisant leurs ressources et expertises.

L’appel à projets d’Ambivalences s’inscrit dans une politique nationale de structuration des écosystèmes de la création artistique en environnement numérique portée par le Ministère de la Culture depuis 2024 dans cinq régions pilotes : Auvergne-Rhône-Alpes, Bretagne, Normandie, Pays de la Loire et Provence-Alpes-Côte d’Azur. Le développement des 3 pôles breton, normand et ligérien, dans lequel s’inscrit le présent appel à projet est financièrement soutenu par les DRAC Bretagne, Normandie et Pays de la Loire.

Sur 111 candidatures reçues pour la deuxième édition de l’appel à projets (clôturée le 21 février 2026), 20 projets ont été présélectionnés dans un premier temps puis le jury de sélection a retenu 4 projets lauréats.

Les projets lauréats

SK (Silent Key), Lola Rossi

  Machine spirite pour écoute des fréquences résiduelles
Installation sonore et sculpturale, objet suspendu

Dans le jargon des radioamateurs, SK (…-.- ; Silent Key) est l’ultime prosigne : le point final d’une transmission et l’annonce du décès d’un opérateur. La station se tait, le signal s’effondre. SK est une machine conçue pour écouter après le silence : un récepteur de fréquences résiduelles qui persistent dans l’éther.

Cette œuvre puise sa source dans une mémoire d’enfance, celle d’un grand-père champion de morse. Après sa disparition, le poste radio n’a plus transmis que du bruit blanc, ce « souffle » entre les fréquences où s’inscrit la recherche des Electronic Voice Phenomena (EVP).

L’installation se présente comme un organe suspendu : une membrane de silicone iridescent irriguée par des réseaux de cuivre qui captent le spectre électromagnétique ambiant. Un récepteur SDR et un traitement algorithmique parcourent ce flux à la recherche de patterns vocaux et de structures rythmiques proches de la parole. Prolongeant la lignée des machines spirites de Tesla ou Raudive, l’œuvre les relit à travers un prisme cyber et éco-féministe : le bruit – QRN, souffle, interférences – n’y est plus un défaut, mais une matière active, porteuse de traces et de voix potentielles. La sculpture ne possède pas de haut-parleur : elle parle par son propre corps via un transducteur vibroacoustique. La membrane oscille, vibre et murmure, rendant sensible une archéologie des mémoires spectrales.

 

Gravity Protocol (titre provisoire), Thomas Laigle

Installation et performance audiovisuelle qui met en tension énergies physique, mécanique et informatique.

Sans batterie ni raccordement au réseau, l’œuvre repose uniquement sur la transformation d’une énergie cinétique, induite par la gravité, en lumière et en son. Inspiré de principes low-tech, le dispositif est composé d’un ensemble de lampes musicales, autonomes en énergie, activées temporairement par la simple chute d’un poids.

Disposés autour du public, les modules forment un orchestre mécanique où chaque chute contribue à une composition minimale et microtonale, en évolution constante. Le temps n’est plus métronomique, il devient gravitationnel, rythmé par des cycles de tension et de suspension. Au sein de cet écosystème énergétique restreint, une intelligence artificielle générative fonctionne de manière intermittente, dépendante de l’énergie disponible. Elle introduit des variations aléatoires dans le son et la lumière, venant complexifier la composition en temps réel. Les fluctuations énergétiques génèrent en plus distorsions, artefacts et instabilités, faisant de l’IA un organisme algorithmique fragile dont les dysfonctionnements deviennent une matière esthétique sonore et lumineuse.

En rendant perceptible la dépense énergétique du calcul numérique, Gravity Protocol (titre provisoire) propose une expérience sensible de la matérialité du numérique et interroge l’imaginaire d’une technologie prétendument immatérielle et illimitée.

 

The Solar Index, Disnovation.org

Chaîne d’information météo-financière en continu
Installation immersive, générative et localisée : IA locale, narrations audio live, images satellites hybrides

The Solar Index est une application spéculative et une installation artistique prenant la forme d’un flux d’information continu, à mi-chemin entre application météo, journal
d’actualités et chaîne financière.

Le projet agrège en temps réel des données météorologiques locales et des indicateurs économiques afin de rendre perceptible leur imbrication systémique. À mesure que le dérèglement climatique intensifie les événements extrêmes, la météo cesse d’être un simple contexte, elle devient une condition matérielle déterminante de la production alimentaire, de l’énergie disponible, des conditions de travail, des chaînes logistiques et, par extension, de la stabilité politique.

The Solar Index part d’un constat déjà observable dans les marchés financiers : la météo est devenue une donnée économique, un risque négociable, un signal d’anticipation financière. Le projet radicalise cette tendance en imaginant une économie où les conditions météo-climatiques deviennent l’indice de référence de l’économie mondiale, où la pluie, la chaleur, le vent et la sécheresse ne sont plus des externalités, mais des acteurs économiques à part entière.

 

157 mails à l’heure, Camille Duvelleroy

Spectacle qui mêle narration audiovisuelle, mise en scène de sacs plastiques et interactions avec les boîtes mail du public.

157 mails à l’heure, c’est la vitesse que doit atteindre Camille Duvelleroy pour vider sa boîte mail en 5 jours et 5 nuits. Un mail stocké pendant 1 an génère l’équivalent CO2 d’un sac plastique. Elle a donc calculé combien elle est de sacs. Elle a créé son adresse Gmail en 2006. Elle stocke 33665 mails.
Elle est 55m3 de sacs plastiques.
Ça craint.
Elle a donc décidé de la vider et de le raconter dans un spectacle interactif.

157 mails à l’heure est une fable écologique et décalée sur nos archives intimes et numériques, sur nos souvenirs dématérialisés, sur notre peur de la solitude, du vide, sur Google (et les Gafam) qui nous a transformé en gentil produit, sur sa peur d’oublier sa vie, sur notre société qui stocke ses PJ envoyées 7 fois à 32 destinataires dans des
nuages pas du tout numériques, sur notre rapport au temps, à l’accumulation, à la fin qui n’existe plus (comment vont mourir nos vies numériques ? ), sur nos espaces conversationnels transformés en flux de vocaux Whastapp et sur les sacs / traces plastiques que nous nous traînons toustes un peu sans le savoir…

 

Accompagnement des projets retenus 

Les enveloppes de coproduction attribuées aux projets lauréats (entre 12 000€ et 20 000€) permettent de les soutenir lors de la phase de production. Pour ces projets, les artistes ont la possibilité d’être accompagné·es par une ou plusieurs structures régionales du programme et de nouer des partenariats avec d’autres organisations pour amplifier les dynamiques à l’échelle interrégionale.

Découvrez les projets accompagnés en 2025


Les Pôles de création en environnement numérique sont pilotés par Electroni[k] en Bretagne, par Oblique/s et Station Mir en Normandie et par Stereolux en Pays-de-la-Loire.