Ambivalences ► Rencontre avec Kell

Publié le 27 mai 2026 /

Dans le cadre de l’accompagnement à la professionnalisation d’artistes émergent·es issu·es des écoles d’art du territoire du programme Ambivalences, nous avons rencontré les différent·es lauréat·es du parcours : Ambre Charpagne, Baptiste Leroux et Kell

Les interviews d‘ Ambre Charpagne et Baptiste Leroux seront à retrouver sur station-mir.com et stereolux.org.


Ton parcours

Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Kell, plasticien en Bretagne et diplômé de l’École Européenne Supérieure d’Art de Bretagne (EESAB).

Mon travail se base sur une approche transdisciplinaire ; sculpture, programmation, performance, écriture, traitement de l’image et du son. Ma démarche s’inscrit dans une éthique qui cherche continuellement à questionner avec d’autres artistes notre rôle et nos impacts en tant que plasticien.x.nes et les fonctionnements de nos milieux. L’art peut, s’il aidait à créer un changement structurel ? Est-il réellement capable de subversion ?

Quels questionnements, thématiques ou phénomènes t’animent ? 

Je souhaite que les formes de mon travail s’adaptent aux enjeux de mes propos. À l’heure actuelle, mon travail s’ancre dans des rencontres avec des associations et des collectifs militants, sur lesquels je m’appuie pour faire résonner leurs enjeux ; l’écologie et leurs luttes dues à l’impact du capitalisme tardif, la surveillance et le contrôle [opacité//transparence] réduisant de plus en plus les interstices d’existences de nos luttes sont mes terrains de recherches privilégiés.

Quelles sont tes inspirations ? 

J’essaie d’élaborer mes productions de la même manière que l’on écrit des tracts, en dialogue avec d’autres, portées sur des problématiques sociales, nourries de recherche et de débats. Le tract est une écriture qui veut partager efficacement un enjeu, une lutte, une direction. Il peut tenir compte d’événements tout en rappelant le contexte qui peut être culturel, social, historique et géographique.

Il s’agirait peut-être de réactualiser le ciné-tract à l’heure des nouvelles technologies comme moyens d’expression.

As-tu eu un déclic dans ton parcours artistique ?

Je pense à la manifestation de Sainte-Soline en 2023 portant contre le projet destructeur des mégabassines. La bataille juridique, la répression [plus de 200 blessé.es] puis les mensonges médiatiques ont été pour beaucoup un événement illustrant la nature répressive de l’état, surtout après les gilets jaunes et le meurtre de Nahel. Alors que je souhaitais séparer le travail artistique du militantisme, cet événement m’a poussé à faire des tests d’hybridations toujours en phase d’essai.

Des collaborations marquantes ? 

Au vu des enjeux que je porte qui peuvent être lourds et de la tendance de mon travail à être composé de matériaux assez froid [circuit, métal, plastique, verre, câble, tons bleus], j’ai commencé à travailler avec des danseur.x.euse.s afin d’amener une corporalité du vivant. J’ai rejoint la compagnie de danse de l’UBO et nous avons construit un spectacle en collectif. Je m’occupe surtout de la scénographie numérique qui interagit en direct avec elle.x.eux. Je pense que nous sommes tous.x.tes très heureuse du projet que nous portons. Petite dédicace à Vincent Bloch qui est notre chorégraphe 🙂

Un projet emblématique de ta démarche ?

Atelier de p-réparation est un projet mêlant chimie, corps et machine. C’est une sculpture ou une foreuse miniature vient percuter un morceau de Gibbsite contenant le principe actif du Maalox et du fond de teint. La poudre extraite, au rythme des grenades tirées à Sainte-Soline, apaise les brûlures du cyanure contenu dans les gaz lacrymogènes en plus de venir changer l’apparence du visage. Il est en somme un remède face à la surveillance et la répression [surveiller et punir]. Cette poudre est appliquée délicatement sur des corps lors d’une performance.

Comment la création en environnement numérique nourrit-elle ton propos artistique ? 

Le numérique me permet de produire des interactions avec les corps humains ou non-humains. Il permet aussi de montrer des transformations en direct, de changer des signaux en informations, des informations en matières. C’est cette plasticité capable d’articuler les enjeux qui rend cet environnement si cohérent avec mon travail.

Que souhaites-tu susciter chez les publics ?

Ce que j’aime produire chez les regardeur.x.euses est de l’ordre du retournement de point de vue. Une de mes pièces situe le public à la place de la caméra de surveillance, une autre projette un masque [mapping] sur le visage des personnes regardant la pièce, ce qui les transforme en objet de regard en tout en les indiscriminants. Cette sculpture parle du droit à l’opacité, à ne pas être un objet d’étude à apprivoiser.

Ambivalences

Que t’apporte le programme accompagnement des artistes émergent·es d’Ambivalences ?

Ambivalences m’a permis de rencontrer des artistes et travailleur.x.euses de la culture hors de ma région et me suivre en tant qu’artiste émergent. Ce suivi ouvre de nouvelles des pistes et me permet de me projeter, sans parler du cadre et des outils que cette situation me fournit.

Et après ?

Dans un mois, nous avons une représentation avec la compagnie de l’UBO. On a hâte de voir le résultat de tout ce travail. Ensuite, j’aimerais poursuivre ce travail scénographique une année de plus et rencontrer de nouvelles personnes via des résidences et des temps de recherche. Je monte actuellement des dossiers pour la Belgique et le Canada.

J’aimerais rencontrer plus d’artistes ayant une articulation entre le milieu culturel et les espaces militants pour construire un réseau et faire émerger des collaborations.